Le Théâtre de Sabbath Philip Roth

Mickey Sabbath, marionnettiste de son état, est le héros hauts en couleurs du roman de Philip Roth paru en 1995 intitulé « Le Théâtre de Sabbath » (Sabbath’s Theater). C’est un personnage provocateur, excessif, antipathique parfois, touchant aussi, dominé par la recherche incessante du plaisir, essentiellement sexuel. La libido masculine, thème récurrent dans l’œuvre de Roth, est présentée comme le moteur (universel?) des choix de vie d’un homme qui se plaît à se présenter comme un raté.

C’est aussi un personnage blessé. Son frère aîné Morty meurt en 1944 à 20 ans dans le ciel des Philippines lors des derniers soubresauts de la Deuxième Guerre Mondiale. Déflagration dans la famille du jeune Mickey, la tristesse est inconsolable. Dès 16-17 ans, le héros commence sa vie d’errance, loin de souvenirs trop douloureux. Ce sera la marine, les ports, les prostituées. Rome où il apprend son métier. Puis New-York, le théâtre, les spectacles de rue… Vivre à tout prix, vivre dans l’excès, tel est son credo. Sabbath aime se mettre en scène, provoquer et se retrouve ainsi souvent dans des situations impossibles. Dans l’Amérique puritaine qu’étrille si bien l’auteur, les scandales (sexuels) sont inévitables. La longue dégringolade commence. Figure honnie, il s’exile et quitte les lumières de la ville pour une bourgade de Nouvelle-Angleterre… Dans ce mouvement, on découvre Nikki, actrice et première épouse qui disparaît mystérieusement, Drenka, la maîtresse sensuelle et inépuisable, Roseanna, la compagne alcoolique, Norman et Michelle, couple d’amis new-yorkais dont Mickey perce les secrets, Fish, le grand oncle centenaire qui a la mémoire qui flanche,…

Le roman est brillant dans sa construction qui mêle sans cesse passé et présent. Grâce au style nerveux qu’on lui connaît, Roth rend attachant ce héros vieillissant et paumé qui fait le bilan d’une vie hantée par les deuils impossibles, par les fantômes des êtres chers (celui de sa mère vient le visiter pendant ses ébats adultérins). Continuer à vivre malgré tout? Poursuivre le combat malgré les échecs, les épreuves? Mickey Sabbath réfléchit à la mort, se laisse aller vers elle, mais la mort veut-elle de Mickey Sabbath?

9 commentaires sur “Le Théâtre de Sabbath Philip Roth

    1. Merci pour ce premier commentaire!
      Résumer un roman de Roth est quasi impossible. Son écriture est impressionnante de mon point de vue, c’est une sorte de flux continu. C’est un auteur qui ne fait pas l’unanimité. Je trouve personnellement que son style est inimitable. Il sait décrire les travers des êtres humains et l’humour est au rendez-vous. J’ai beaucoup aimé Ma vie d’homme, J’ai épousé un communiste, Exit le fantôme. Lequel avais-tu lu?

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  1. j’aime beaucoup Philip Roth : en particulier « La tache » « Un homme » et le complot contre l’Amérique » pratiquement un coup de cœur, j’explore son univers à mon rythme pour faire durer…
    J’ai espéré jusqu’au bout le prix Nobel hélas 🙂

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