Trois films de Nuri Bilge Ceylan

Nuri Bigle Ceylan est un cinéaste qui me fascine. « Winter Sleep », palme d’or du festival de Cannes en 2014, est un film qui reste gravé dans ma mémoire et dans mon coeur. J’avais vu le film en salle et j’avais été frappé par la beauté de chaque plan, par l’audace incroyable de ce réalisateur qui filme les silences et les non-dits comme personne. C’était aussi la découverte de paysages sublimes et hypnotiques, ceux de l’Anatolie.

Cet été, j’ai découvert avec bonheur trois films tout aussi passionnants : « Uzak », « Les climats » et « Les trois singes » (sortis en salle respectivement en 2004, 2007 et 2009). Les personnages de Ceylan sont souvent désabusés, en crise, en proie à des doutes et face à des choix difficiles. Les désillusions font partie de toute vie humaine. Comment les vivre, les dépasser ? C’est souvent une rencontre inopinée, un événement soudain et inattendu qui viennent bouleverser l’ordre des choses. Dans « Uzak », un photographe esseulé et mélancolique, installé à Istanbul, reçoit chez lui un jeune cousin qui a quitté sa province lointaine pour tenter sa chance dans la grande ville. Ce nouveau venu est plein d’espoir, peut-être un peu naïf… Leurs deux mondes vont coexister tant bien que mal. « Les climats » aborde de façon subtile la question du couple. Dès les premiers plans, le réalisateur filme longuement les visages. Dans les yeux de Bahar, que faut-il comprendre ? Aime t-elle et admire t-elle encore l’homme, photographe lui aussi, qu’elle accompagne sur les sites antiques du sud du pays ? Ou bien est-ce la lassitude, l’étouffement voire le dégoût qui prédominent ? Les combats intérieurs de cette femme sont filmés de façon magistrale. Enfin, « Les trois singes » est un film très étonnant, centré sur seulement quatre personnages, liés par des intérêts communs. On y parle de loyauté et d’honneur, au sein de la famille, au sein du couple. Mais aussi de mensonge et de manipulation.

Le point commun de tous ces films, c’est la place donnée au silence. Les personnages se taisent et c’est ce qui les rend, selon moi, passionnants. La qualité d’interprétation des acteurs est souvent bouleversante et le spectateur a le temps de s’identifier. Certaines décisions dans la vie sont, parfois, très difficiles à prendre. Quelle direction prendre ? Est-on vraiment libre de ses choix ? C’est un sentiment de solitude extrême qui domine alors. Face à la mer à Istanbul ou devant des paysages de montagne sublimes à l’intérieur du pays, c’est du tragique de l’existence dont nous parlent les personnages de Nuri Bilge Ceylan.

7 commentaires sur “Trois films de Nuri Bilge Ceylan

  1. Très belle analyse du cinéma de Ceylan, qui nous invite à la réflexion à la mesure de ses contemplations. J’avais été pour ma part très impressionné par « les climats ». J’ai aussi « winter sleep » en DVD mais je ne l’ai toujours pas vu.

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