La plus que vive

Christian Bobin a disparu le 23 novembre 2022. Lire aujourd’hui « La plus que vive » (paru en 1999) est assez bouleversant car la mort (et la vie) est le sujet principal de ce livre. En un peu plus de 100 pages, l’auteur nous parle, avec une grande sensibilité, de Ghislaine, une amie très proche décédée brutalement en 1995 à seulement 44 ans. L’hommage rendu est absolument magnifique. Il est destiné aux trois enfants de Ghislaine, Hélène, Clémence et Gaël, que l’auteur connaît bien. En s’adressant à eux, en posant sur le papier des mots d’une beauté folle, Christian Bobin soigne aussi, semble t-il, la terrible blessure que représente la perte d’une amie chère. C’est passionnant de voir, pages après pages l’auteur tenter de décrire avec le plus d’honnêteté possible le lien qui les unissait. Les leçons de vie qu’il a apprises à son contact sont toujours ancrées en lui, vivantes, indestructibles. L’auteur ne parle d’ailleurs pas de Ghislaine au passé…

Difficile de parler de ce livre poignant que je vais lire et relire sans aucun doute. J’ai envie de découvrir toute l’œuvre de Bobin qui a consacré sa vie aux mots, à la recherche de la justesse et de la beauté.

« Printemps 1951, je viens au monde et je commence à dormir. Automne 1979, je te rencontre et je m’éveille. Eté 1995, je me découvre sans emploi, transi de froid. Mon emploi, c’était de te regarder et de t’aimer. Un vrai travail, à temps plein. Pendant seize ans j’étais le plus occupé de hommes : assis dans l’ombre, je te regardais danser sur les chemins. »

Révolution, I : Liberté

Peut-être ma dernière lecture de 2022, mais quelle lecture ! « Révolution » du duo Grouazel et Locard est un bijou. Avec une grande virtuosité, les auteurs prennent à bras le corps un sujet complexe maintes fois traité : La Révolution Française. 1789-1799 : époque intense pour la France qui voit en quelques mois s’effondrer un système politique, économique et social vieux de plusieurs siècles. Les idées circulent, les événements se succèdent à un rythme effréné, la violence est omniprésente. Pas facile de rendre tout cela intelligible mais le défi est ici largement relevé.

Dans ce premier tome, le lecteur est plongé dans l’atmosphère insurrectionnelle qui entoure la convocation des Etats Généraux à Versailles par le Roi. Paris est alors le théâtre de d’évènements qui vont tout changer… Le récit est passionnant de bout en bout. Les grands noms qu’ont retenu les livres d’Histoire sont, bien sûr, présents (Necker, Mirabeau, Marat, Barnave,…) mais c’est par le prisme de la fiction que nous est racontée cette Révolution. La galerie de personnages inventée par les deux auteurs est vraiment intéressante (un député breton du Tiers Etat, un journaliste monarchiste, deux jeunes personnes livrées à elles-mêmes…). Petite et grande Histoires se mêlent de façon harmonieuse et haletante.

Que dire du travail graphique qui est vraiment superbe ? « Révolution » est un plaisir de lecture à tous les niveaux. On apprend beaucoup de choses et on est admiratif du sens du détail des deux auteurs. Un beau et grand travail à découvrir d’urgence ! Et très bonne nouvelle : le deuxième tome sort en janvier 2023 !

Cinéma 2022 : mon top 10 !

Mon traditionnel classement de fin d’année. J’ai malheureusement raté quelques films : La conspiration du Caire, El buen patron, Les repentis…

1 – La nuit du 12 de Dominik Moll

2 – Leïla et ses frères de Saeed Roustaee

3 – R.M.N de Cristian Mungiu

4 – Sans filtre de Ruben Östlund

5 – Decision to leave de Park Chan-Wook

6 – Coupez ! de Michel Hazanavicius

7 – As Bestas de Rodrigo Sorogoyen

8 – Flee de Jonas Poher Rasmussen

9 – Peter Von Kant de François Ozon

10 – L’innocent de Louis Garrel

Et vous, vos coups de coeur ?

R.M.N

Film de Cristian Mungiu

Avec Marin Grigore, Judith State…

Date de sortie en France : 19 octobre 2022

Tant de choses à dire sur le nouveau film du réalisateur roumain Cristian Mungiu ! Commençons par son titre énigmatique : R.M.N est l’équivalent d’I.R.M. L’un des personnages du film, un monsieur vieillissant atteint de troubles neurologiques, subit cet examen de radiologie. Quant à Cristian Mungiu, c’est de façon symbolique qu’il scanne les dysfonctionnements de la société roumaine. Il choisit pour cela de s’intéresser à un village situé en Transylvanie et d’y planter le décor d’un passionnant récit.

Dans cette région de la Roumanie, de nombreuses communautés d’origine diverse se côtoient depuis des décennies voire des siècles. Les habitants parlent roumain, hongrois, allemand, maitrisent souvent plusieurs langues. La communauté rom (« les gitans ») est aussi implantée mais semble avoir déserté le village. L’arrivée de nouveaux travailleurs étrangers non-européens, embauchés par une entreprise locale, déclenche l’indignation et le rejet. La xénophobie se déchaine sans complexe. Elle paraît irrationnelle et incongrue de la part de personnes elles-mêmes issues de cultures différentes.

L’un des intérêts majeurs du film est de montrer de quelle manière le racisme trouve un écho au sein d’une population. Il se base sur des fantasmes (ici de contamination), sur des fausses informations, des rumeurs… Globalement sur l’ignorance et la peur. Dans des régions éloignées des grands centres urbains où prospère un sentiment de déclassement, le rejet de l’autre est une manière facile d’exprimer sa colère. Une scène magistrale du film illustre cette rancoeur enfouie qui ne demande qu’à exploser. Dans un long plan séquence, le réalisateur met en scène une assemblée de villageois réunis à la salle des fêtes. Les employeurs des trois travailleurs étrangers sont présents et tentent vainement de rassurer tout le monde. Cette scène est forte car elle est incroyablement réaliste et révèle notamment un autre aspect des choses : la vision qu’ont les habitants de l’Occident qu’ils considèrent comme décadent…

« R.M.N » est un film d’une grande richesse. Il y est aussi question du sentiment amoureux, du couple, de la paternité… De musique aussi. Un morceau de violoncelle célèbre, mis à l’honneur dans un autre film, occupe une place importante dans le récit. C’est une belle surprise !

« R.M.N » aurait mérité un prix à Cannes. « Triangle of sadness » est très bon film, extrêmement différent. Pour la Palme, mon coeur balance, et vous ?

L’innocent / Sans filtre (Triangle of Sadness)

source image : http://www.lemonde.fr
source image : http://www.franceinfotv.fr

Les films de Louis Garrel et de Ruben Östlund sont deux coups de maître sortis récemment au cinéma et à côté desquels il serait dommage de passer. Sous des allures de polar, de parodie de film de braquage et de comédie romantique, « L’Innocent » fait beaucoup rire et offre aux spectateurs quelques scènes mémorables. « Sans filtre » (« Triangle of Sadness »), Palme d’Or du dernier Festival de Cannes, n’est pas en reste. On rit aussi mais d’un rire différent, peut-être nerveux. Sur le yacht pour ultra-riches sur lequel se déroule une bonne partie de l’histoire, le réalisateur suédois orchestre avec maestria la mise en scène du malaise. 

Le thème de la relation amoureuse est commun aux deux films, traité de façon très différente. Dans le film de Garrel, deux histoires s’entrecroisent : Sylvie (Anouk Grinberg) tombe folle amoureuse de Michel (Roschdy Zem) qu’elle rencontre en prison. Ils se marient. Son fils Abel, (Louis Garrel) qui voit d’un mauvais oeil le remariage de sa mère, se remet quant à lui petit à petit de la mort de sa femme. Clémence (Noémie Merlant), une amie, est très présente pour lui. Elle est la joie et la bonne humeur incarnée. On comprend cependant très vite qu’elle refoule ses sentiments… D’un côté, un amour qui se vit pleinement et passionnément, de l’autre une grande pudeur et un blocage. Le grand talent du réalisateur est de mêler les registres : sur le parking d’un resto-routier, il filme l’abracadabrantesque braquage d’un camion transportant des boites de caviar en même temps que la naissance d’un amour ! C’est une scène d’anthologie qu’on n’oubliera pas. Le talent (comique) de Noémie Merlant est irrésistible. 

Dans « Sans filtre », un couple est aussi au coeur du récit, celui formé par Carl et Yaya. Tous deux sont mannequins professionnels. Leur image, instagrammée au quotidien, est leur gagne-pain. La notoriété (singulièrement celle de Yaya)  permet à ces deux personnages de se faire inviter sur une croisière de luxe à bord d’un yacht. Cette croisière est l’occasion pour Ruben Östlund de décrire de façon hilarante et très grinçante le monde des ultra-riches. Un monde totalement déconnecté du réel, cynique, quasi inhumain. Le riches se gavent, profitent de leurs privilèges avec outrance en exigeant une soumission totale du « petit » personnel… Une tempête (qui donne lieu à une scène incroyable dans laquelle le spectateur ressent lui-même le malaise) et un événement inattendu viennent chambouler l’ordre établi. Les classes sociales, jusque là si hermétiques les unes aux autres, vont devoir se parler, vivre ensemble. Pendant un temps, les injustices disparaissent… Le film est sans doute, par certains côtés, caricatural mais tellement jouissif ! La construction du scénario (en trois parties distinctes), la mise en scène, le talent des comédiens font de ce film un grand moment de cinéma. 

Despentes, Haenel, Adimi, Rosenthal

Quatre romans ont marqué ma rentrée : une petite déception, un coup de coeur, une belle découverte et un énorme coup de coeur…

J’avais hâte de découvrir « Cher connard » , le nouveau roman de Virginie Despentes. Après la brillante trilogie « Vernon Subutex », on retrouve le style inimitable de l’auteure (nerveux, provocateur) et un regard fin et nuancé sur les travers de notre époque. Où en sont les relations homme-femme en 2022 ? Qu’est ce que le féminisme aujourd’hui ? Le roman apporte pas mal de réponses. Rien de caricatural dans le portrait que donne Despentes d’Oscar, un homme accusé de harcèlement par une jeune femme appelée Zoé, qui elle, choisit de parler de ce qui lui est arrivé sur Internet. Les personnages avancent, réfléchissent à leurs actes… C’est intéressant. J’ai aimé ce livre sans être totalement convaincu. Despentes a évidemment du talent mais j’aurais aimé être davantage surpris.

« Le Trésorier-payeur » de Yannick Haenel est un bijou. J’ai lu ce livre avec énormément de plaisir car l’auteur nous offre une histoire surprenante (voire improbable), truffée de références littéraires et philosophiques. Le style est superbe. Quel bonheur de lire un roman si bien écrit et si profond sur tout un tas de sujets (le sens de la vie, l’amour, le sexe…). L’auteur brouille les pistes, sait mettre la bonne dose d’humour et d’ironie afin de ne pas alourdir son propos. Ce personnage de banquier anarchiste est vraiment marquant ! Un extrait : « Chacun mène comme il le peut le mystère de sa propre existence ; notre blessure s’apaise ou s’infecte, selon la manière dont nous considérons notre âme. Mais il arrive un moment où chacun de nous parvient à se cacher non plus dans l’obscurité, mais dans la lumière, et il ne faut pas rater ce rendez-vous.« 

« Au vent mauvais » est un roman émouvant. Kaouther Adimi nous parle successivement, avec des ellipses, de l’Algérie du temps de la colonisation, de l’Algérie du temps de la guerre et de l’Algérie du temps de l’indépendance. Ses héros s’appellent Tarek, Leïla, Saïd. Ils grandissent dans un petit village loin de tout, insouciants. Les trajectoires vont toutefois être radicalement différentes pour les uns et pour les autres. Saïd est envoyé par ses parents en Tunisie où il fait de brillantes études. Il deviendra un écrivain de renom. Tarek, lui, est berger. Il reste fidèle à sa terre d’origine et tombe amoureux de Leïla. Cette dernière, mariée de force très jeune, fait le choix courageux de briser les us et coutumes en décidant de retrouver sa liberté. Elle en subira douloureusement les conséquences… Le roman se concentre sur le destin étonnant de Tarek. Après la guerre et l’indépendance, il va en France pour gagner de l’argent et nourrir sa famille. Malgré la dureté de la vie en foyer Sonacotra, il apprécie, par certains côtés, cette vie solitaire loin de son Algérie natale. Kaouther Adimi évoque avec une grande justesse cette génération d’hommes, souvent taiseux, marqués par les souvenirs douloureux de l’époque coloniale et de la guerre.

« Un singe à ma fenêtre » d’Olivia Rosenthal est le livre qui m’a le plus marqué en cette rentrée littéraire. C’est un énorme coup de coeur ! Quel livre étonnant. La narratrice se rend au Japon pour enquêter sur le souvenir traumatique de l’attentat au gaz sarin qui a eu lieu dans le métro de Tokyo en 1995. Plus de 25 ans après les faits, elle interroge un nombre considérable de personnes. Quelles traces a laissé cet événement dans la mémoire collective ? Dans la mémoire de chacun ? La télévision avait, à l’époque, produit des images qui ont marqué les esprits. Certains témoins évoquent une forme d’indifférence, d’autres se souviennent d’avoir connu des membres de la secte Aum dont le fondateur a commandité l’attentat. Ils se rappellent à quel point le discours apocalyptique tenu par cette organisation avait fait de nombreux adeptes. La narratrice évoque, en creux, une société japonaises travaillée par ses névroses, dans laquelle il est très difficile d’oser dire les choses, d’affronter le réel. Tout au long du livre, de nombreuses questions sans réponses sont posées. Le lecteur est invité, lui aussi, à s’interroger sur les notions de secret, de non-dit, sur les thèmes de l’absence et de la disparition. C’est, au final, bouleversant.

Rentrée littéraire 2022 : deux histoires londoniennes

Open Water de Caleb Azumah Nelson, Editions Denoël (Traduction : Carine Chichereau)

Dernière nuit à Soho de Fiona Mozley, Editions Joëlle Losfeld (Traduction : Laeticia Devaux)

Deux romans, parus en 2021 au Royaume-Uni, ont été traduits et édités à l’occasion de la rentrée littéraire française. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le travail de Caleb Azumah Nelson et de Fiona Mozley, deux jeunes écrivains britanniques pleins d’avenir. « Open Water » et « Dernière nuit à Soho » sont deux livres assez différents. Leur point commun est de mettre merveilleusement en valeur la capitale anglaise. Londres est une ville-monde, trépidante, en permanente évolution qui, malgré tous les changements, conserve un charme unique que les deux romans décrivent avec subtilité.

« Open water » est un premier roman. Difficile de ne pas être impressionné par la forme originale que l’auteur donne à son texte dans lequel le personnage principal, dont on ne connaît pas le nom, est désigné par le pronom personnel « tu ». Le roman nous parle de la naissance d’une histoire amour entre un homme et une femme, tous les deux noirs, jeunes adultes, passionnés par l’art (lui par la photo, elle par la danse). Ils sont intégrés à la vie londonienne, sortent beaucoup et c’est lors d’une soirée dans un pub que la rencontre a lieu. Lui est célibataire alors qu’elle est en couple. Petit à petit, un lien se crée. L’auteur décrit avec beaucoup de sensibilité les différentes étapes qui amènent ces deux personnages à s’apprivoiser, à se rapprocher émotionnellement et physiquement. Une passion des unit : la musique. Le blues, le jazz, le rap sont omniprésents dans leur vie et beaucoup de morceaux ou chansons, cités par l’auteur, font écho à leur émois, à leurs doutes, à leurs peurs intimes… « Open Water » aborde aussi frontalement la question du racisme. Etre noir, et donc faire partie d’une minorité, pose toujours question de nos jours, même dans une grande capitale européenne. L’inquiétude s’immisce très facilement face aux violences de certains policiers. L’injustice d’être jugé à cause de sa couleur de peau est source, encore aujourd’hui, de beaucoup d’incompréhension et de souffrance.

« Dernière nuit à Soho » est ce qu’on appelle un roman choral. Fiona Mozley crée une galerie de personnages liés les uns autres par des liens plus ou moins proches. Precious, Agatha, Robert, Lorenzo, Bastian, Glenda, Paul, Debbie… Toutes et tous racontent quelque chose du Londres d’aujourd’hui. Un immeuble situé à Soho, quartier historique de la capitale, est au coeur de l’intrigue. Il appartient à une jeune et riche héritière qui entend bien chasser, par tous les moyens, les prostituées qui y vivent et qui y travaillent. L’appât du gain est irrésistible et ce que l’on appelle la gentrification des quartiers populaires est l’une des thématiques abordée par l’autrice. Les intérêts des uns et des autres divergent. Le roman décrit par exemple le parcours atypique de Precious qui a choisi de devenir prostituée pour survivre dans une ville où il est si facile de tomber dans la pauvreté. Elle est heureuse de vivre dans un immeuble où la solidarité veut dire encore quelque chose. Le pub est un autre lieu incontournable dans lequel beaucoup de choses se passent. Riches et pauvres s’y côtoient parfois. Fiona Mozley parle avec justesse et tendresse de la vie de tous ces personnages issus de milieux sociaux différents. Elle tisse de chapitres en chapitres une histoire addictive, jusqu’à un dénouement surprenant. Un coup de coeur de la rentrée !

Rentrée littéraire 2022 : premiers repérages !

Quelques titres de romans de la rentrée littéraire, repérés ici et là, m’intriguent. J’ai envie de les découvrir, en espérant être charmé et surpris (si j’ai le temps de les lire !) :

J’aimerais tout d’abord évoquer quatre auteurs que je ne connais pas encore : Gaëlle Josse, Caleb Azumah Nelson, Alexis Ragougneau, Mathieu Belezi :

-Dans « La nuit des pères« , Gaëlle Josse aborde le thème de la relation père-fille. Isabelle rejoint son frère Olivier dans le village des Alpes qui les a vus naître. La santé de leur père est déclinante. Après de nombreuses années sans se voir ni se parler, c’est peut-être la dernière chance pour Isabelle de comprendre ce père si peu aimant. Les souffrances tues pendant des années pourront-elles enfin être exprimées ?

-« Open water » est un premier roman. A Londres, deux jeunes gens tentent de vivre de leur passion : lui veut percer dans la photographie, elle est déjà danseuse. Ils sont noirs et doivent composer avec un racisme insidieux. Je pense à Zadie Smith ou à Chimamanda Ngozy Adichie, deux auteures que j’aime beaucoup…

-« Palimpseste » d’Alexis Ragougneau est une dystopie. Selon l’éditeur, le livre « est un hommage vibrant au pouvoir de la littérature et à l’audace de la création. ». Cela donne très envie.

-« Attaquer la terre et le soleil » est un très beau titre. Il s’agit du nouveau roman de Mathieu Belezi. Il y est question de la colonisation de l’Algérie. C’est le sujet de prédilection de cet auteur qui a déjà publié plusieurs romans sur cette page d’Histoire qu’il me semble important de mieux connaître.

Deux autres écrivains retiennent aussi mon attention. Ils font partie du paysage littéraire depuis de nombreuses années et je suis curieux de découvrir leur nouvelle création :

-J’ai dévoré avec beaucoup de plaisir les trois tomes de « Vernon Subutex ». Il me tarde donc de découvrir le nouveau roman de Virginie Despentes intitulé « Cher connard » . J’admire le talent de cette autrice unique en son genre… J’espère être convaincu une nouvelle fois.

-Yannick Haenel est un auteur lui aussi très intéressant, au style remarquable. J’avais adoré son « Jan Karski » (un peu moins « Tiens ferme ta couronne » ). « Le Trésorier-payeur » est le titre du roman qu’il publie en cette rentrée littéraire 2022. Le héros s’appelle Georges Bataille. Il est banquier et secrètement anarchiste. En lui, quelque chose d’irréductible qui le pousse vers une forme d’absolu…

Et vous, vos envies, vos attentes… ?

La nuit du 12 / As bestas

Deux films à ne pas rater cet été : « La nuit du 12 » de Dominik Moll et « As bestas » de Rodrigo Sorogoyen ! Deux films assez différents mais qui ont pour point commun de tenir véritablement le spectateur en haleine. La prestation des actrices et acteurs est aussi remarquable !

« La nuit du 12 » relate l’histoire d’une enquête sur un fait divers atroce. Dans une petite ville de Savoie, en pleine nuit, alors qu’elle sort d’une soirée avec des amies, une jeune femme d’une vingtaine d’années est immolée par un individu masqué. La police judiciaire se met rapidement au travail. Très vite, plusieurs hommes sont soupçonnés. D’anciens amants, des connaissances plus ou moins proches. Tous sont interrogés, tous pourraient être l’auteur du crime mais l’enquête piétine… L’affaire hantera pendant de longs mois l’esprit du jeune commissaire (l’impressionnant Bastien Bouillon) qui, malgré beaucoup de professionnalisme et d’obstination, ne parvient pas à trouver le coupable… Le film est passionnant de bout en bout. La réalité du travail difficile et ingrat que représente une enquête policière est formidablement décrite. Le manque de moyens est criant et ne permet souvent pas de travailler assez rapidement. Le point fort du film est aussi de parler avec finesse de la place des femmes dans la société. Pourquoi cette jeune femme est-elle assassinée aussi sauvagement ? La question reste sans réponse mais il semble bien qu’une misogynie ordinaire soit à l’origine de ce crime. La liberté des femmes pose encore question de nos jours et c’est ce que montre le film de façon très subtile.

« As bestas » de Rodrigo Sorogoyen est un coup de maître. Comme dans son précédent film « Madre » , il parvient avec brio à installer une atmosphère extrêmement étouffante et un suspense prenant. Un couple de français (Denis Ménochet et Marina Foïs) est installé en Espagne dans un coin reculé de Galice. Ils sont exploitants agricoles et rénovent aussi de vieilles maisons qui tombent en ruine. Leur présence est diversement appréciée. Le couple est bien intégré mais doit faire face à l’hostilité de plus en plus pesante de leurs voisins directs, deux frères (eux aussi agriculteurs) qui vivent avec leur mère. L’incompréhension est totale, les tensions vont crescendo. Le couple résiste vaillamment aux intimidations, au racisme latent. Mais les choses deviennent de plus en plus graves… Le film est très intéressant car il décrit parfaitement le choc des cultures entre les nouveaux venus, anciens citadins bien intégrés socialement, et les gens du cru, aux moeurs beaucoup plus frustres et violentes. L’opposition entre ces deux mondes pourrait paraître caricaturale mais elle ne l’est pas. La nouveauté et le succès sont souvent synonymes de jalousie, de rancoeur voire de haine. Le film montre jusqu’à quel point (de non-retour) peuvent mener de tels sentiments. A noter la prestation de Marina Foïs dans ce film qui est d’une grande force. Son personnage, très digne face à l’adversité, est inoubliable.

Héroïnes de juillet

Blackwater, Tome 1 : La crue de Michael McDowell, Monsieur Toussaint Louverture

La vie mensongère des adultes d’Elena Ferrante, Gallimard / Folio

Anne de Green Gables de Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture

Elinor, Giovanna et Anne Shirley : trois héroïnes qui ont marqué mon début d’été.

« Blackwater » est une saga littéraire dont on parle beaucoup en ce moment dans la blogosphère et dans la presse spécialisée. L’éditeur Monsieur Toussaint Louverture propose aux lecteurs français de la découvrir en six tomes magnifiquement illustrés. Cette histoire a été écrite dans les années 80 par Michael McDowell, auteur et scénariste américain de renom qui a travaillé notamment avec Stephen King. L’histoire se déroule au lendemain de la Première Guerre Mondiale en Alabama. Les premières pages du roman décrivent l’immense crue qui frappe les habitants de la petite ville de Perdido. Tout est submergé et le canot est devenu le seul moyen de locomotion. Dans un hôtel inondé, deux hommes découvrent une femme esseulée qui semble attendre depuis longtemps qu’on lui vienne en aide. Elle s’appelle Elinor Dammert. C’est un personnage étonnant qui sait garder jalousement ses secrets et dont l’influence sur Perdido et ses habitants va être majeur…. Mystère et fantastique sont au programme de ce premier tome dans lequel l’auteur distille le suspense de façon subtile et efficace.

Quel plaisir de retrouver la plume alerte d’Elena Ferrante avec « La vie mensongère des adultes ». Comme dans « L’amie prodigieuse », tout ou presque se déroule à Naples. L’héroïne Giovanna nous fait part de ses tourments d’adolescente : le divorce de ses parents, ses complexes physiques, son attirance nouvelle pour les garçons… Beaucoup de choses changent dans sa vie le jour où elle décide de fréquenter sa tante Vittoria avec qui son père est en conflit depuis des années. Ce personnage est haut en couleur, d’une violence inouïe dans ses propos mais étrangement aimante et attachante par certains côtés. Giovanna découvre par son intermédiaire une partie de Naples qui lui était inconnue, élargit son cercle d’amis… Elena Ferrante nous régale, comme à chaque fois, car elle sait donner beaucoup de profondeur à ses personnages. Avec beaucoup de finesse, elle décrit leurs faiblesses et leurs doutes mais aussi leur incroyable force. Giovanna s’interroge beaucoup sur son existence mais semble aussi très bien savoir ce qu’elle veut…

« Anne de Green Gables » est un roman pour la jeunesse écrit par Lucy Maud Montgomery dans les années 1920. C’est le premier tome d’une saga retraduite et rééditée dernièrement par les éditions Monsieur Toussaint Louverture. Anne Shirley est une orpheline d’une douzaine d’années adoptée par Marilla et son frère Matthew. Green Gables est le nom du domaine agricole dont ils s’occupent depuis des années. L’arrivée d’Anne bouleverse les habitudes, apporte un souffle nouveau. Un temps d’adaptation est nécessaire mais la jeune fille trouve très vite sa place. La nature qui l’entoure est une source de joie inépuisable. Le lecteur s’attache très rapidement à ce personnage à l’imagination débordante. Anne est bavarde, s’exprime avec de très jolis mots. Elle est touchante car, après une première partie de vie difficile et triste, elle semble avoir conserver intacte sa curiosité et sa vision poétique de l’existence.