Cinéma 2021 : mon bilan

Plusieurs films m’ont ému, remué, bouleversé en 2021. D’autres m’ont déçu. Et tellement de films que je n’ai pas pu voir !

Mon top 10 :

Annette de Leos Carax

Drive my car de Ryusuke Hamaguchi

3 ° Nomadland de Chloé Zhao

Une histoire d’amour et de poésie de Leyla Bouzid

Onoda – 10000 nuits dans la jungle de Arthur Harari

6° Julie en 12 chapitres de Joachim Trier

7° Les Olympiades de Jacques Audiard

8° Bergman Island de Mia Hansen-Løve

9° La fracture de Catherine Corsini

10° Tout s’est bien passé de François Ozon

Et vous, votre bilan ?

Mes déceptions : Mourir peut attendre, Madres paralelas

Films que j’ai ratés en salle : Illusions perdues, Falling, Le diable n’existe pas, Les intranquilles, Le sommet des dieux, Chers camarades…

Audiard, Corsini, Trier

Les Olympiades, film de Jacques Audiard

La Fracture, film de Catherine Corsini

Julie en 12 chapitres, film de Joachim Trier

Trois formidables films ont retenu mon attention ces dernières semaines. Trois films très différents, tant sur le fond que sur la forme, qui délivrent chacun à leur manière un message original. Ils décrivent notre époque de façon intelligente, cette époque marquée par un certain désenchantement, une forme subtile de mélancolie.

« Les Olympiades« est un objet cinématographique d’une grande élégance. Dans ce nouveau film, Jacques Audiard propose un très beau noir et blanc qui sublime les trois personnages principaux interprétés par de jeunes acteurs de grand talent. Julie Zhang, Noémie Merland et Makita Samba crèvent l’écran. Nous sommes à Paris dans le 13ème arrondissement, quartier des Olympiades à l’architecture si particulière. Rencontre, amour, désamour, changement de vie… Les personnages se cherchent, se trompent, apprennent de leurs erreurs… Ils apprennent surtout à aimer malgré la dureté d’une époque qui donne de plus en plus de place aux rencontres sur Internet. Le film est plein de charme et aborde de façon subtile un tas de sujets très intéressants (le harcèlement, l’affirmation de soi, la place des enseignants dans la société…).

« La Fracture » nous parle aussi de façon très forte de la France d’aujourd’hui. L’hôpital est le personnage principal et il ne se porte pas bien. S’y rencontrent les différentes couches de la société. Le personnel soignant, débordé par la charge de travail, tente de faire au mieux pour s’occuper de tous les patients alors même que les blessés affluent du fait des violences policières qui émaillent une manifestation de Gilets Jaunes. Le ton choisi par Catherine Corsini est résolument celui du pamphlet voire de la farce. Bourgeois et prolos se retrouvent face à face et cela fait des étincelles. C’est très drôle et en même temps tragique. Valeria Bruni Tedeschi, en pleine crise de couple car quittée par sa compagne interprétée par Marina Foïs, est irrésistible dans ses exagérations et dans le mépris de classe qu’elle exprime sans vergogne. Elle se retrouve coincée sur un brancard en compagnie d’un Pio Marmaï au bout du rouleau, chauffeur de poids lourd et gilet jaune. L’incompréhension entre ces personnages issus d’univers sociaux opposés est abyssale. La réalisatrice montre, en forçant le trait, à quel point les fractures de la société française sont aujourd’hui loin d’être résolues.

« Julie en 12 chapitres » de Joachim Trier est un film d’une grande originalité et d’une grande sensibilité Le réalisateur norvégien invente le personnage de Julie et nous raconte son entrée dans l’âge adulte et sa vie de jeune femme, en douze chapitres. Qui est Julie ? Difficile à dire car c’est un personnage ambivalent, insatisfait, en recherche permanente d’un idéal, mélancolique. Elle aime et est aimée, mais est-elle comblée ? Parvient-elle à savourer pleinement la joie d’une relation équilibrée ? Les tourments de Julie traversent tout le film malgré le bonheur qu’apportent les deux rencontres amoureuses sincères qui marquent sa vie. Sa psyché est mise en image dans une scène mémorable. Après avoir consommé des champignons hallucinogènes, Julie bascule dans un bad trip. Joachim Trier filme alors les angoisses de la jeune femme (la peur de devenir mère, la peur de vieillir), met en avant son ressentiment à l’égard d’un père distant qui ne lui a pas assez donné d’amour. La magnifique interprétation de Renate Reinsve, justement récompensée à Cannes, est très émouvante. Julie est un personnage qu’on n’oublie pas.

Une histoire d’amour et de désir

Film de Leyla Bouzid

Avec Sami Outalbali, Zbeida Belhajamor

Date de sortie : 1er septembre 2021

« Une histoire d’amour et de désir » est un bijou. Le thème de la rencontre amoureuse, tant de fois traité au cinéma, est ici abordé du point de vue masculin. Ahmed, le jeune héros de 18 ans, fait ses premiers pas à la Sorbonne et tombe très vite sous le charme de la belle Farah. Tous deux étudient les lettres et choisissent en enseignement optionnel la poésie érotique arabe. Leur passion commune pour la littérature les rapproche. L’attirance est réciproque. Peu à peu, ils se découvrent, se fréquentent, se baladent à Paris, ville qu’ils ne connaissent ni l’un ni l’autre très bien. Le film décrit à merveille les joies éprouvées par ces deux jeunes personnes qui profitent d’une liberté et d’une indépendance toute nouvelle. Les années d’université sont synonymes de rencontres multiples, d’expériences nouvelles, d’excès…

Ahmed et Farah n’ont pas eu le même parcours. Lui a grandi en banlieue parisienne, dans ce que l’on appelle un quartier. Elle vient de Tunis, est issue d’un milieu plus aisé. De façon un peu provocante, Ahmed qualifie sa nouvelle amie de « bourge ». Le sentiment amoureux peut-il faire fi de ces différences ? Pour aimer et oser aller vers l’inconnu, n’est-il pas nécessaire de dépasser les préjugés, les habitudes inculquées par son milieu d’origine ? Le jeune homme est tiraillé : dans son quartier, il a une image à assumer, celle du grand frère qui surveille les faits et gestes de sa jeune soeur ; à Paris, sa nouvelle vie sociale l’invite à quitter ses vieux réflexes, à évoluer, à changer. Le sentiment amoureux naissant et le désir qui l’accompagne le perturbent. Il est maladroit voire blessant à l’égard de Farah. La réalisatrice montre avec beaucoup de délicatesse combien il est parfois difficile d’ouvrir son coeur, de prendre le risque de l’amour, sans peur. Ahmed est touchant dans sa fragilité. C’est l’une des grandes qualités du film que de montrer à quel point les hommes, au début de leur vie amoureuse, se sentent démunis et parfois effrayés à l’idée de ne pas être à la hauteur. C’est un thème qui n’est pas si souvent exploré.

Leyla Bouzid est une réalisatrice de grand talent. J’avais adoré son précédent film « A peine j’ouvre les yeux » sorti en 2015.

Drive my car

Film de Ryusuke Hamaguchi

Avec Hidetoshi Nishijima, Toko Miura, Reika Kirishima

Date de sortie en France : 18 août 2021

« Drive my car » est un film d’une incroyable richesse. On y parle beaucoup de théâtre car le héros du film Yûsuke Kafuku, est metteur en scène et acteur de renom. Il est invité par un théâtre à Hiroshima dans le sud du Japon. En résidence pendant plusieurs semaines, il est chargé de mettre en scène la célèbre pièce de Tchekhov « Oncle Vania » : il recrute les comédiens de nationalités différentes, les fait répéter. Une actrice sourde est aussi retenue. De très belles scènes nous permettent de découvrir le travail de création d’une pièce.

Étonnamment, il travaille aussi beaucoup dans sa voiture. Au cours de ses déplacements, il a en effet pris l’habitude d’écouter l’enregistrement des pièces dans lesquelles il joue ou qu’il met en scène. A Hiroshima, les circonstances le contraignent à se faire conduire par un chauffeur. Il fait donc connaissance d’une jeune fille de 23 ans, Misaki Watari, qui l’accompagne pendant toute cette période de travail.

Ces deux personnages sont passionnants. Ils ne devaient jamais se rencontrer mais vont ensemble accomplir un grand chemin. Chaque jour, Tchekhov et ses personnages sont avec eux, en toile de fond. Le texte de la pièce passe en boucle dans la voiture et résonne avec leurs propres peines et blessures. Vania, Sonia, Elena, Sérébriakov, tous ces personnages désespérés tentent de trouver un sens à leur vie malgré les épreuves, les deuils, les souffrances. Il faut continuer à vivre nous disent-ils…

A l’intérieur de la voiture, Yûsuke et Misaki s’apprivoisent peu à peu, s’apprécient de plus en plus, tout en gardant beaucoup de pudeur l’un envers l’autre. Ce sont deux êtres blessés que la vie n’a pas épargné. Petit petit, ils se confient l’un à l’autre, évoquent les tourments qui les rongent, se soutiennent. Communiquer pour se décharger d’un poids trop lourd, pour réussir à se pardonner. Le film est bouleversant car il montre à quel point la parole est libératrice. Face aux drames de l’existence et au sentiment de culpabilité, la rencontre avec l’autre peut permettre d’aller vers la joie, malgré tout.

Trois films de Nuri Bilge Ceylan

Nuri Bigle Ceylan est un cinéaste qui me fascine. « Winter Sleep », palme d’or du festival de Cannes en 2014, est un film qui reste gravé dans ma mémoire et dans mon coeur. J’avais vu le film en salle et j’avais été frappé par la beauté de chaque plan, par l’audace incroyable de ce réalisateur qui filme les silences et les non-dits comme personne. C’était aussi la découverte de paysages sublimes et hypnotiques, ceux de l’Anatolie.

Cet été, j’ai découvert avec bonheur trois films tout aussi passionnants : « Uzak », « Les climats » et « Les trois singes » (sortis en salle respectivement en 2004, 2007 et 2009). Les personnages de Ceylan sont souvent désabusés, en crise, en proie à des doutes et face à des choix difficiles. Les désillusions font partie de toute vie humaine. Comment les vivre, les dépasser ? C’est souvent une rencontre inopinée, un événement soudain et inattendu qui viennent bouleverser l’ordre des choses. Dans « Uzak », un photographe esseulé et mélancolique, installé à Istanbul, reçoit chez lui un jeune cousin qui a quitté sa province lointaine pour tenter sa chance dans la grande ville. Ce nouveau venu est plein d’espoir, peut-être un peu naïf… Leurs deux mondes vont coexister tant bien que mal. « Les climats » aborde de façon subtile la question du couple. Dès les premiers plans, le réalisateur filme longuement les visages. Dans les yeux de Bahar, que faut-il comprendre ? Aime t-elle et admire t-elle encore l’homme, photographe lui aussi, qu’elle accompagne sur les sites antiques du sud du pays ? Ou bien est-ce la lassitude, l’étouffement voire le dégoût qui prédominent ? Les combats intérieurs de cette femme sont filmés de façon magistrale. Enfin, « Les trois singes » est un film très étonnant, centré sur seulement quatre personnages, liés par des intérêts communs. On y parle de loyauté et d’honneur, au sein de la famille, au sein du couple. Mais aussi de mensonge et de manipulation.

Le point commun de tous ces films, c’est la place donnée au silence. Les personnages se taisent et c’est ce qui les rend, selon moi, passionnants. La qualité d’interprétation des acteurs est souvent bouleversante et le spectateur a le temps de s’identifier. Certaines décisions dans la vie sont, parfois, très difficiles à prendre. Quelle direction prendre ? Est-on vraiment libre de ses choix ? C’est un sentiment de solitude extrême qui domine alors. Face à la mer à Istanbul ou devant des paysages de montagne sublimes à l’intérieur du pays, c’est du tragique de l’existence dont nous parlent les personnages de Nuri Bilge Ceylan.

Onoda – 10 000 nuits dans la jungle

Source image : http://www.allocine.fr

Film d’Arthur Harari

Avec Yuya Endo, Kanji Tsuda, Yuya Matsuura

Date de sortie en France : 21 juillet 2021

« Onoda – 10 000 nuits dans la jungle » est un film hors norme. Pendant plus de 2h40 nous est racontée une histoire incroyable qui s’inscrit dans un épisode tout aussi incroyable de l’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale.

1944. Onoda, jeune soldat japonais, est envoyé avec d’autres sur une des innombrables îles des Philippines, théâtre des derniers soubresauts de la Guerre du Pacifique. Formé pour ne jamais abandonner, pour ne rien lâcher, il fait la guerre avec la croyance chevillée au corps que tout est encore possible. Le Japon peut sortir vainqueur du conflit mondial en menant de façon inépuisable une forme de guérilla, sans relâche. Contrairement aux kamikazes qui opèrent sur d’autres terrains, ces soldats reçoivent l’ordre de ne jamais mourrir… Onoda va respecter cette injonction à la lettre.

Coupés du monde sur cette île perdue, Onoda et ses compagnons ne sont pas mis au courant de la défaite de leur camp. Ils restent là et parviennent à survivre à la manière de Robinson Crusoé. Au fin fond de la jungle, ils s’inventent une existence faite de sacrifices, persuadés que le combat n’est pas terminé. Leurs opérations militaires continuent mais n’ont plus aucun sens, sauf celui d’alimenter leur fantasme, cette croyance folle en une guerre qui ne s’arrête jamais.

Les années passent. La nostalgie affleure parfois, les tensions surgissent inévitablement et le groupe se réduit petit à petit. Onoda refuse de voir et d’entendre les signes que le monde lui envoie. Jusqu’à l’année 1974 où un contact avec un inconnu, venu spécialement à sa rencontre, va tout changer.

Le film parle de façon magnifique de la loyauté qui parfois enferme. Refuser de voir la réalité est une tare humaine qu’Onoda incarne jusqu’à l’extrême. Le rôle principal est tenu par deux acteurs qui jouent Onoda à des âges différents. Ils sont tous les deux bouleversants. Le film est un coup de maître assez impressionnant formellement. Arthur Harari est un réalisateur à suivre sans aucun doute.

Ce film a été présenté en ouverture de la sélection Un certain regard du Festival de Cannes 2021. Un autre article du blog est consacré à un film de la sélection officielle, Annette.

Annette

Source image : https://www.lemonde.fr

Film de Leos Carax

Avec Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg

Date de sortie en France : 7 juillet 2021

Etre attiré par l’abîme. S’y sentir bien. S’y complaire. La trouver même fascinante, addictive comme une drogue. Ce gouffre, c’est la recherche de la gloire, cette quête effrénée dans laquelle mensonge et manipulation sont les maîtres-mots. Cette abîme est synonyme de mort, de noirceur infinie. L’Autre y est déshumanisé, il n’existe plus de limites à son instrumentalisation, à son objetisation.

Dans « Annette » Leos Carax offre une vision intime des ravages de l’égo. Ses deux héros, Henry et Ann (couple sublime interprété par Adam Driver et Marion Cotillard) sont deux artistes célèbres, reconnus dans leur champ artistique respectif. Lui est comédien de stand-up, elle cantatrice. Deux célébrités en pleine lumière, au sommet de leur art. Deux aimants qui fatalement s’attirent. Une histoire d’amour naît, ainsi qu’un enfant, Annette…

Chaque séquence du film est surprenante et inattendue. C’est musicalement et visuellement très beau, et c’est surtout le scénario, habilement construit, qui emporte le spectateur. Les personnages se dévoilent petit à petit. Derrière une façade avenante, le cynisme et la cruauté affleurent. Leos Carax sait à merveille montrer l’inhumanité qui se cache derrière toute ambition dévorante. Il fait aussi la part belle au merveilleux : les fantômes existent et sont là pour rappeler que toute mauvaise action se paye durement un jour ou l’autre.

« Annette » est un objet narratif, visuel et sonore incroyable. Tout est cohérent et formidablement mis en scène. Les thématiques abordées sont nombreuses et d’une grande richesse : les choix de vie sont-ils guidés par la raison ou par l’imagination ? Quand un rêve nous obnubile, est-ce un passage obligé que de mentir aux autres, et surtout à nous-même ? Pourquoi est-ce si difficile de vivre, pourquoi se complaire dans les pulsions de mort ? La beauté de chaque plan, l’interprétation merveilleuse proposée par les deux comédiens principaux ainsi que la B.O soignée des Sparks offrent un contraste saisissant avec les aspects très sombres du récit. Grand moment de cinéma. Merci Monsieur Carax.

Nomadland

Film de Chloé Zhao

avec Frances McDorman, David Strathairn, Charline Swankie

Date de sortie en France : 9 juin 2021

« Nomadland » est un nouveau coup de maître de la jeune réalisatrice Chloé Zhao après le très beau et bouleversant « The Rider » sorti en 2018. Il est porté par la prestation incroyable de Frances MacDorman.

Le film dépeint le monde des nomades, souvent en âge d’être à la retraite, qui enchaînent les petits boulots saisonniers dans divers Etats des Etats-Unis (Dakota, Nebraska, Californie…). La restauration dans des lieux touristiques, les travaux agricoles, les missions dans les entrepôts d’Amazon… Les corps sont sollicités durement. Les traits fatigués du visage de Frances MacDormand disent beaucoup de la vie terriblement difficile de ces travailleurs pauvres qui continuent une vie de labeur alors qu’ils devraient avoir la chance de vivre tranquillement, d’avoir accès enfin à un peu de repos. Ils vivent dans leur van, parcourent des milliers de kilomètres tout au long de l’année… Ils ne sont chez eux nulle part.

Fern, le personnage joué par MacDormand, est courageuse mais rien n’est caché de la dureté de la vie qu’elle mène. Un sourire illumine parfois son visage car cette existence, de façon étonnante, est aussi choisie. L’attrait pour la solitude, les chagrins et les deuils qui la hantent, le passé qui l’empêche d’avancer sont autant de raisons qui semblent la pousser à continuer à vivre de cette manière… Toutefois, aucun auto-apitoiement ni misérabilisme. Ces nomades forcent le respect car ils restent dignes. L’amour, l’amitié, la solidarité sont les carburants qui permettent de tenir.

La magnificence des paysages de l’Ouest américain offre un contraste saisissant avec la misère des vies humaines. La facette sombre du rêve américain est, une nouvelle fois, montrée dans sa réalité crue.

Bright Star

Film de Jane Campion

Avec Abbie Cornish, Ben Whishaw, Kerry Fox, Paul Schneider

Date de sortie en France : 6 janvier 2010

En attendant la tant espérée, mais encore hypothétique, réouverture des salles de cinéma, je découvre ou redécouvre, en DVD, des films réalisés par de grands noms du cinéma : Cassavetes, Allen, Capra, De Palma, Kubrick… Le cinéma à la maison, c’est sans doute mieux que rien même si la beauté des plans est sûrement rendue moins éclatante sur petit écran.

Le film de Jane Campion « Bright Star » fait partie de ces films qui nous rendent nostalgiques de l’expérience irremplaçable que constitue le visionnage d’un film dans une salle obscure. Ce long-métrage est en effet un joyau visuel. Chaque plan est d’une beauté éblouissante : les décors et les costumes sont incroyablement soignés, la nature est belle et magnifiquement mise en valeur. Délicatesse et poésie sont les mots qui caractérisent le travail formel de la réalisatrice qui nous raconte une histoire d’amour fulgurante et romanesque dans l’Angleterre du début du XIXème siècle.

Nous sommes à Hampstead, tout près de Londres. Dans cet endroit bucolique, un tout jeune écrivain s’installe dans une dépendance de la maison des Brawne et tente de produire les vers qui pourraient lui assurer le succès. Ce jeune homme est encore inconnu, il s’agit de John Keats que la postérité reconnaitra comme l’un des plus importants poètes de langue anglaise. Lors de cette résidence, il côtoie les membres de la famille Brawne. Fanny est l’ainée des trois enfants. Elle est passionnée de couture, aime les belles toilettes. Ses goûts sont affirmés et elle n’a pas peur de paraître excentrique. Un lien se crée entre les deux protagonistes. Tout en douceur, sans précipitation… Jane Campion sait magnifiquement filmer l’éclosion de l’amour entre les deux personnages, la naissance d’un attachement profond. Elle rend palpable la beauté et la simplicité du sentiment amoureux. Le jeune couple affronte aussi des difficultés : le manque de ressources financières du jeune écrivain se fait cruellement sentir, les problèmes de santé font leur apparition.

La création artistique est au coeur du film. Inspiré par l’amour que lui porte Fanny, par la nature sublime qui l’entoure, John Keats produit les vers qui feront sa renommée. La carrière de ce poète a été courte puisqu’il meurt à 25 ans. Le charme du film tient à ce sentiment d’urgence qui le parcourt du début à la fin : créer envers et contre tous, avant qu’il ne soit trop tard.

ADN

Source image : https://www.sortiraparis.com

Film de Maïwenn

Avec Maïwenn, Fanny Ardant, Louis Garrel, Dylan Robert

Date de sortie en France : 28 octobre 2020

Trouver sa place, exprimer ses émotions sans peur, communiquer son ressenti, donner son avis… Autant de choses banales qui paraissent aller de soi mais qui, dans beaucoup de familles, relèvent plutôt d’une forme d’audace voir d’insolence… Dans la famille dysfonctionnelle de Neige (interprétée par Maïwenn), les crispations sont nombreuses car la communication n’est pas aisée entre parents et enfants, entre frères et sœurs… Le basculement dans la raillerie, le mépris voire la violence verbale est devenu une habitude. Émir, le grand-père est la seule personne qui permette de maintenir l’unité, d’apaiser un temps les tensions. Il est malade d’Azheimer, vit en EHPAD. Le film débute par des scènes très émouvantes de retrouvailles autour de ce personnage au regard doux, perdu mais entouré d’énormément d’amour. Maïwenn filme la vieillesse et la fin de vie avec beaucoup d’humanité. La perte de ce pilier va être un choc pour tous. Pour Neige, le début d’une quête des origines.

Les névroses familiales ressurgissent à l’occasion de la préparation de l’enterrement. Neige fait une fois de plus le constat qu’une relation apaisée avec ses parents est impossible. L’incompréhension est abyssale et l’évidence d’un nécessaire éloignement devient flagrante. Dans un dialogue mémorable avec sa mère, interprétée magistralement par Fanny Ardant, Neige ose dire ce qui lui pèse, dit son amour mais tire la triste conclusion que mère et fille ne peuvent s’entendre. La douleur est immense car on n’a qu’une mère et qu’un père. Mais, pour arrêter de souffrir et de se soumettre, ne faut-il pas mieux ouvrir grand les yeux sur la toxicité d’une relation ? Et prendre conscience définitivement que les liens du sang ne sont pas un gage d’affection. Pour survivre, Neige va creuser dans le passé de son grand-père, va se reconnecter avec ses racines algériennes encore trop peu explorées… Une vitalité nouvelle va l’étreindre.

Le talent de Maïwenn est de réussir à mettre beaucoup d’humour dans cette histoire familiale qui pourrait paraître bien plombante. Elle donne à Louis Garrel, qui interprète son ex-compagnon, un rôle sur-mesure. Toutes ses répliques sont très drôles. Son personnage apporte beaucoup de légèreté au film car il désamorce les tensions, dédramatise, fait prendre conscience de la futilité (voire du ridicule) de certains conflits. Malgré les rancœurs, l’amour ne continue t-il pas de circuler malgré tout ?