Sidérations

Roman de Richard Powers

Editions Actes Sud

Date de sortie en France : septembre 2021 (traduction de Serge Chauvin)

Le nouveau roman de Richard Powers est passionnant. L’auteur réussit l’exploit d’aborder une multitude de sujets : la relation père-fils, les ravages du réchauffement climatique, le processus de deuil, l’exploration de l’univers… Théo Byrne est astrobiologiste. Universitaire reconnu, il est spécialiste des exoplanètes. Passionné de Science-Fiction depuis son plus jeune âge, il a trouvé dans cette profession une manière de faire coïncider rêve et réalité. Grâce aux progrès fulgurants en matière d’observation de l’espace lointain, son but est de faire la découverte d’astres inconnus. Son imaginaire est peuplé de planètes plus différentes les unes que les autres. Il les décrit avec beaucoup de détails à son jeune fils de neuf ans Robin avant le coucher du soir. Ces moments à deux sont importants pour ces deux êtres blessés. En effet, Théo et Robin tentent de survivre au drame de la disparition brutale d’Aly. Théo est veuf, Robin orphelin de mère.

La relation père-fils est centrale dans le récit. Théo fait ce qu’il peut pour apaiser le chagrin de Robin. Les troubles du comportement de ce dernier laissent le père démuni. A l’école, Robin est sans cesse en décalage, ne parvient pas à s’intégrer au groupe. Il se pose beaucoup de questions sur la survie de l’humanité, est révolté par l’inaction des politiques dans le domaine environnemental. Sa mère était une militante acharnée de la cause écologique, une combattante à l’énergie débordante. Il se connecte à elle en poursuivant le combat.

L’un des aspects les plus troublants du récit de Richard Powers réside dans cette relation au-delà de la mort qui unit Robin à sa mère. En effet, son père Théo refuse que la tristesse et l’agitation de son fils soit traitée de façon médicamenteuse. Il accepte qu’un traitement révolutionnaire lui soit administré. Robin bénéficie donc de plusieurs séances d’IRM dans lesquelles l’intelligence artificielle tient un rôle majeur. Robin apprend à gérer ses émotions et à développer son empathie. Les progrès du jeune garçon sont fulgurants. Il s’apaise, contrôle de mieux en mieux sa colère. Ce programme lui permet aussi de se connecter aux émotions passées de sa mère…

« Sidérations » est donc un récit qui aborde des domaines à la fois scientifiques, politiques, psychologiques. Cette histoire est aussi pleinement inscrite dans l’actualité. L’inquiétude voire la rage du jeune Robin face à la destruction des écosystèmes fait écho aux nombreuses manifestations menées de nos jours partout dans le monde par de jeunes militants écologistes. Greta Thunberg est clairement une source d’inspiration pour Richard Powers. L’espoir d’un monde meilleur est grand. Les planètes lointaines qu’aiment observer et imaginer Théo et son fils sont une façon d’échapper au marasme. C’est aussi une manière de prendre conscience de l’incroyable beauté de la planète Terre, et de sa fragilité.

Lectures diverses et variées (septembre-octobre 2021)

Le roman de Jim Pierric Bailly, Editions P.O.L

Mon maître et mon vainqueur,François-Henri Désérable, Editions Gallimard

Ombres sur la Tamise, Michael Ondaatje, Editions de L’Olivier

Profession romancier, Haruki Murakami, Editions Belfond

Trois découvertes et une valeur sûre. Mes dernières lectures m’ont permis d’aller à la rencontre du travail de trois écrivains que je ne connaissais pas encore (Bailly, Désérable, Ondaatje) et d’en retrouver un qui fait partie de mon panthéon littéraire depuis longtemps (Murakami).

« Le roman de Jim » est un choc et un vrai coup de cœur. Difficile de retenir ses larmes à la lecture de ce roman poignant qui décrit avec beaucoup d’intensité le lien qui unit le héros Aymeric à Jim, l’enfant dont il n’est pas le père biologique mais pour qui il déborde d’amour. La vie d’Aymeric n’est pas facile. Il lutte au quotidien pour survivre, se laisse un temps entraîné dans des combines illégales. Sa vie s’illumine quand sa compagne, de quinze ans son aînée, met au monde un enfant pour lequel il nourrit dès le départ des sentiments très forts. Il l’élève, s’épanouit dans ce nouveau rôle de (beau) père. Vient le temps de la rupture sentimentale… J’ai rarement lu un livre qui décrit aussi bien ce que ressent un homme pour un enfant qu’il voit grandir, alors même que cet homme n’est pas le « vrai » père. Les souffrances de la séparation sont décrites avec beaucoup de justesse. C’est déchirant.

« Mon maître et mon vainqueur » est un roman où la poésie tient une grande place. François-Henri Désérable construit une histoire autour du thème de la passion amoureuse adultère en créant deux personnages (Tina et Vasco) passionnés par les grands auteurs, Verlaine et Rimbaud en tête… Leur histoire d’amour est faite de de plaisir, de violence, de mensonge. L’auteur possède d’indéniables qualités de conteur. Il sait habilement tenir son lecteur en haleine, utilise les ressorts du roman à suspense. Tout cela ne m’a pas convaincu. L’auteur veut, me semble t-il, épater le lecteur. Il imagine des scènes invraisemblables qui rendent le récit assez inintéressant au final. L’émotion, n’est pas au rendez-vous.

« Ombre sur la Tamise » est une vraie découverte. J’ai été charmé par l’atmosphère mystérieuse qui se dégage de ce récit. Nous sommes au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, en 1945, à Londres. Le narrateur, Nathaniel, et sa soeur, Rachel, sont deux adolescents dont la vie bascule le jour où leurs parents décident de s’exiler à Singapour et de les confier à un homme inconnu surnommé « Papillon de nuit ». Littéralement abandonnés, ils continuent de vivre malgré les secrets et les non-dits. Cet abandon est aussi synonyme de liberté. C’est le temps des découvertes faites de rencontres multiples et étranges. Le récit, très habilement construit, nous permet de comprendre que la guerre a bouleversé beaucoup de choses. La mère des enfants est impliquée dans un réseau d’espionnage, tombe amoureuse et décide de mettre sa vie de femme au dessus de ses responsabilités de mère. Les années passent, les choses s’éclaircissent mais pas totalement. J’ai adoré me plonger dans cette période de l’Histoire de Londres, ville si romanesque.

Enfin, j’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir un auteur que j’affectionne particulièrement, Haruki Murakami. J’ai pratiquement tout lu : Kafka sur le rivage, Chroniques de l’oiseau à ressort, La Ballade de l’impossible, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Les amants du Spoutnik… C’est un auteur qui me fascine. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu son essai « Profession romancier » . Son premier roman, il l’écrit à trente ans suite à une révélation quasi divine lors d’un match de baseball. Aujourd’hui, il est traduit partout et c’est l’un des auteurs les plus connus au monde. Son oeuvre s’est construite petit à petit, son style a évolué. Il se considère comme un artisan qui ne cesse d’apprendre, cherchant au plus profond de lui-même, mais aussi dans la vie de tous les jours qu’il observe avec acuité, les ressources qui lui permettent d’inventer des histoires qui disent quelque chose de l’humanité. Le plus dur selon lui, ce n’est pas d’écrire un roman, mais de faire de l’écriture de romans un métier, de conserver la passion de l’écriture tout au long de sa vie. Cela demande une forme d’ascèse, de renoncement, de vigilance qui ne sont pas données à tout le monde selon lui.

Un si petit oiseau / À quoi rêvent les étoiles

« Un si petit oiseau » de Marie Pavenko aux éditions Flammarion

« A quoi rêvent les étoiles » de Manon Fargetton aux éditions Gallimard Jeunesse

L’émotion est au rendez-vous des romans de Marie Pavlenko et Manon Fargetton parus respectivement en 2019 et 2020. Ils font tous les deux partie de la sélection du Défi Babelio.

Avec « Un si petit oiseau » , Marie Pavlenko aborde un sujet délicat, difficile voire gênant : l’amputation. Abi, sa jeune héroïne, voit sa vie bouleversée suite à un grave accident de voiture. Gravement blessée, elle perd son bras. Elle a 20 ans, sa vie s’écroule. Elle déménage, perd ses amis, abandonne ses études et son rêve de devenir vétérinaire. La douleur et surtout la honte deviennent son quotidien. Comment vivre avec ce membre manquant, comment accepter le regard des autres sur le moignon. Un long chemin de reconstruction psychologique est nécessaire. Abi a la chance d’être bien entourée. Sa famille (sa mère, son père, sa jeune soeur) est chamboulée par le drame, mais la vie continue. Entre rires et larmes, le roman offre une belle description des sentiments mêlés qui étreignent chacun des personnages. L’humour, très présent, est une arme efficace pour dédramatiser et pour rester dans la joie malgré tout. Abi renoue aussi avec un ami d’enfance, Aurèle. Une rencontre déterminante qui permet à la jeune femme de prendre le chemin de l’acceptation. L’ornithologie, la littérature, le cinéma sont des passions qui les unissent. Tout est fluide entre ces deux personnages, pas de place pour le jugement. Chacun fait un pas vers l’autre, et contre toute attente, l’amour s’invite…

Le livre de Manon Fargetton, « A quoi rêvent les étoiles » est un formidable roman choral. Cinq personnages principaux nous racontent une même histoire : Alix, Titouan, Armand, Gabrielle, Luce. Beaucoup de thèmes sont abordés : le travail de deuil, l’entrée dans l’âge adulte, la passion du théâtre… Avec beaucoup de talent, l’autrice tient en haleine le lecteur et construit petit à petit une histoire cohérente dans laquelle tous ces personnages, liés des uns aux autres, apprennent quelque chose sur eux-mêmes, évoluent, grandissent. Les dialogues sont brillants d’authenticité ; l’humour et l’émotion sans cesse se côtoient. Le personnage de Titouan, jeune lycéen, est particulièrement marquant : mal dans sa peau, il décide du jour au lendemain de vivre en ermite dans sa chambre, limite au maximum ses besoins. Au grand désarroi de ses parents, ce repli volontaire lui apparait comme la condition de sa survie. Il garde contact avec l’extérieur grâce à un jeu vidéo en ligne. La vie est moins compliquée quand tout est virtuel. Étonnamment, son téléphone va être le vecteur d’un grand bouleversement : totalement par hasard, il entre en contact par SMS avec Luce, qui vient de perdre son mari (le numéro de téléphone de son défunt mari lui a été attribué par erreur). S’engage entre eux une correspondance très étonnante et salvatrice pour tous les deux… Une des très belles idées de ce roman qui nous parle joliment du lien entre les générations, de transmission.

By Heart

Texte et interprétation : Tiago Rodriguez

Spectacle programmé dans le cadre du Festival d’Automne

« By Heart » est une expérience de théâtre peu banale. C’est un moment plein d’humour, de malice mais aussi de partage. Tiago Rodriguez est un formidable passeur. Il partage sa passion pour les mots, pour la littérature, pour les livres et fait l’éloge du « par coeur ». Apprendre pour ne jamais oublier, pour toucher du doigt l’éternité, mais aussi pour vaincre toutes les oppressions, tous les totalitarismes. La forme du spectacle est légère, décontractée, mais le fond du propos est profond voire grave : face à tous les périls, la littérature est un refuge, un espace de liberté.

Tiago Rodriguez est seul quand les spectateurs pénètrent dans la salle de spectacle. Autour de lui, plusieurs chaises, des livres au sol ou empilés dans de petites caisses. Un dispositif original est proposé : dix personnes peuvent le rejoindre et s’amuser avec lui sur scène. Le moment est en effet très ludique. Les spectateurs courageux sont invités à apprendre par coeur les vers d’un très beau sonnet de Shakespeare… Les mots du poète résonnent, émeuvent déjà. Les participants se prennent au jeu, font l’expérience de cet exercice difficile qu’est le « par coeur ». Même si la mémoire peut parfois jouer des tours, les mots se fixent peu à peu. Tiago Rodriguez endosse avec humour le rôle du professeur, du répétiteur. Il évoque aussi des souvenirs personnels (le lien fort qu’il a entretenu avec sa grand-mère à la fin de sa vie), nous parle des auteurs qui comptent pour lui. Ses goûts éclectiques sont enthousiasmants : Georges Steiner, Boris Pasternak, Ray Bradbury, Joseph Brodsky. Il donne envie d’aller lire ou relire ces grands écrivains et fait aussi passer un message qui lui tient à coeur : il faut continuer à lire, à apprendre, à échanger, à partager, tout le temps, partout.

Une histoire d’amour et de désir

Film de Leyla Bouzid

Avec Sami Outalbali, Zbeida Belhajamor

Date de sortie : 1er septembre 2021

« Une histoire d’amour et de désir » est un bijou. Le thème de la rencontre amoureuse, tant de fois traité au cinéma, est ici abordé du point de vue masculin. Ahmed, le jeune héros de 18 ans, fait ses premiers pas à la Sorbonne et tombe très vite sous le charme de la belle Farah. Tous deux étudient les lettres et choisissent en enseignement optionnel la poésie érotique arabe. Leur passion commune pour la littérature les rapproche. L’attirance est réciproque. Peu à peu, ils se découvrent, se fréquentent, se baladent à Paris, ville qu’ils ne connaissent ni l’un ni l’autre très bien. Le film décrit à merveille les joies éprouvées par ces deux jeunes personnes qui profitent d’une liberté et d’une indépendance toute nouvelle. Les années d’université sont synonymes de rencontres multiples, d’expériences nouvelles, d’excès…

Ahmed et Farah n’ont pas eu le même parcours. Lui a grandi en banlieue parisienne, dans ce que l’on appelle un quartier. Elle vient de Tunis, est issue d’un milieu plus aisé. De façon un peu provocante, Ahmed qualifie sa nouvelle amie de « bourge ». Le sentiment amoureux peut-il faire fi de ces différences ? Pour aimer et oser aller vers l’inconnu, n’est-il pas nécessaire de dépasser les préjugés, les habitudes inculquées par son milieu d’origine ? Le jeune homme est tiraillé : dans son quartier, il a une image à assumer, celle du grand frère qui surveille les faits et gestes de sa jeune soeur ; à Paris, sa nouvelle vie sociale l’invite à quitter ses vieux réflexes, à évoluer, à changer. Le sentiment amoureux naissant et le désir qui l’accompagne le perturbent. Il est maladroit voire blessant à l’égard de Farah. La réalisatrice montre avec beaucoup de délicatesse combien il est parfois difficile d’ouvrir son coeur, de prendre le risque de l’amour, sans peur. Ahmed est touchant dans sa fragilité. C’est l’une des grandes qualités du film que de montrer à quel point les hommes, au début de leur vie amoureuse, se sentent démunis et parfois effrayés à l’idée de ne pas être à la hauteur. C’est un thème qui n’est pas si souvent exploré.

Leyla Bouzid est une réalisatrice de grand talent. J’avais adoré son précédent film « A peine j’ouvre les yeux » sorti en 2015.

Drive my car

Film de Ryusuke Hamaguchi

Avec Hidetoshi Nishijima, Toko Miura, Reika Kirishima

Date de sortie en France : 18 août 2021

« Drive my car » est un film d’une incroyable richesse. On y parle beaucoup de théâtre car le héros du film Yûsuke Kafuku, est metteur en scène et acteur de renom. Il est invité par un théâtre à Hiroshima dans le sud du Japon. En résidence pendant plusieurs semaines, il est chargé de mettre en scène la célèbre pièce de Tchekhov « Oncle Vania » : il recrute les comédiens de nationalités différentes, les fait répéter. Une actrice sourde est aussi retenue. De très belles scènes nous permettent de découvrir le travail de création d’une pièce.

Étonnamment, il travaille aussi beaucoup dans sa voiture. Au cours de ses déplacements, il a en effet pris l’habitude d’écouter l’enregistrement des pièces dans lesquelles il joue ou qu’il met en scène. A Hiroshima, les circonstances le contraignent à se faire conduire par un chauffeur. Il fait donc connaissance d’une jeune fille de 23 ans, Misaki Watari, qui l’accompagne pendant toute cette période de travail.

Ces deux personnages sont passionnants. Ils ne devaient jamais se rencontrer mais vont ensemble accomplir un grand chemin. Chaque jour, Tchekhov et ses personnages sont avec eux, en toile de fond. Le texte de la pièce passe en boucle dans la voiture et résonne avec leurs propres peines et blessures. Vania, Sonia, Elena, Sérébriakov, tous ces personnages désespérés tentent de trouver un sens à leur vie malgré les épreuves, les deuils, les souffrances. Il faut continuer à vivre nous disent-ils…

A l’intérieur de la voiture, Yûsuke et Misaki s’apprivoisent peu à peu, s’apprécient de plus en plus, tout en gardant beaucoup de pudeur l’un envers l’autre. Ce sont deux êtres blessés que la vie n’a pas épargné. Petit petit, ils se confient l’un à l’autre, évoquent les tourments qui les rongent, se soutiennent. Communiquer pour se décharger d’un poids trop lourd, pour réussir à se pardonner. Le film est bouleversant car il montre à quel point la parole est libératrice. Face aux drames de l’existence et au sentiment de culpabilité, la rencontre avec l’autre peut permettre d’aller vers la joie, malgré tout.

Tentations de la rentrée littéraire 2021

C’est un grand plaisir chaque année, à l’approche du mois de septembre, de découvrir quels sont les livres que les maisons d’édition françaises mettent en avant pour la sacro-sainte rentrée littéraire. Romans français ou étrangers, le choix est très vaste. Grâce à la blogosphère et à la presse spécialisée, je me fais une petite sélection d’ouvrages que j’aurais le temps (ou non) de lire au cours des mois à venir. Voici une liste très personnelle de romans qui attirent mon attention :

« Les étoiles plus que filantes » de Estelle-Sarah Bulle aux éditions Liana Levi

Une histoire qui parle du tournage du film « Orfeu Negro » au Brésil… Cinéma et littérature, un beau mélange. Le précédent ouvrage de l’auteure « Là où les chiens aboient par la queue » a été salué par la critique et le public.

« Le rire des déesses » de Ananda Devi aux éditions Grasset

L’Inde est un pays qui me fascine et je suis très curieux de découvrir cette histoire qui aborde notamment deux sujets : la place des prostituées dans la société indienne et la transexualité.

« La porte du voyage sans retour » de David Diop aux éditions du Seuil

David Diop est un auteur que je souhaite découvrir. Il aborde dans ce roman le thème de la traite négrière, sujet historique passionnant.

« Memorial Drive » de Natasha Trethewey aux éditions de L’Olivier

Je lis beaucoup de bien de ce livre qui aborde un sujet très dur, celui des féminicides. Natasha Trethewey parle de son expérience personnelle puisque sa propre mère est morte assassinée par son compagnon.

« Les garçons de la cité-jardin » de Dan Nisand aux éditions Les Avrils

Un titre suffit parfois à donner envie de lire un livre. « Les garçons de la cité-jardin » est un premier roman.

« Plasmas » de Céline Minard aux éditions Rivages

« Plasmas » est un titre énigmatique. J’ai envie d’aller voir ce que recèle ce court roman de Céline Minard que je vais lire pour la première fois.

« Mon maître et mon vainqueur » de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

Encore un auteur français que je souhaite découvrir. Et une histoire d’amour, cela ne se refuse pas.

« Le cercueil de Job » de Lance Weller aux éditions Gallmeister

Mon goût pour la littérature américaine me donne très envie de découvrir ce roman dont l’histoire se déroule sur fond de Guerre de Sécession.

Au plaisir d’échanger avec vous sur vos lectures, envisagées, en cours ou déjà accomplies ! Vos conseils sont les bienvenus.

Trois films de Nuri Bilge Ceylan

Nuri Bigle Ceylan est un cinéaste qui me fascine. « Winter Sleep », palme d’or du festival de Cannes en 2014, est un film qui reste gravé dans ma mémoire et dans mon coeur. J’avais vu le film en salle et j’avais été frappé par la beauté de chaque plan, par l’audace incroyable de ce réalisateur qui filme les silences et les non-dits comme personne. C’était aussi la découverte de paysages sublimes et hypnotiques, ceux de l’Anatolie.

Cet été, j’ai découvert avec bonheur trois films tout aussi passionnants : « Uzak », « Les climats » et « Les trois singes » (sortis en salle respectivement en 2004, 2007 et 2009). Les personnages de Ceylan sont souvent désabusés, en crise, en proie à des doutes et face à des choix difficiles. Les désillusions font partie de toute vie humaine. Comment les vivre, les dépasser ? C’est souvent une rencontre inopinée, un événement soudain et inattendu qui viennent bouleverser l’ordre des choses. Dans « Uzak », un photographe esseulé et mélancolique, installé à Istanbul, reçoit chez lui un jeune cousin qui a quitté sa province lointaine pour tenter sa chance dans la grande ville. Ce nouveau venu est plein d’espoir, peut-être un peu naïf… Leurs deux mondes vont coexister tant bien que mal. « Les climats » aborde de façon subtile la question du couple. Dès les premiers plans, le réalisateur filme longuement les visages. Dans les yeux de Bahar, que faut-il comprendre ? Aime t-elle et admire t-elle encore l’homme, photographe lui aussi, qu’elle accompagne sur les sites antiques du sud du pays ? Ou bien est-ce la lassitude, l’étouffement voire le dégoût qui prédominent ? Les combats intérieurs de cette femme sont filmés de façon magistrale. Enfin, « Les trois singes » est un film très étonnant, centré sur seulement quatre personnages, liés par des intérêts communs. On y parle de loyauté et d’honneur, au sein de la famille, au sein du couple. Mais aussi de mensonge et de manipulation.

Le point commun de tous ces films, c’est la place donnée au silence. Les personnages se taisent et c’est ce qui les rend, selon moi, passionnants. La qualité d’interprétation des acteurs est souvent bouleversante et le spectateur a le temps de s’identifier. Certaines décisions dans la vie sont, parfois, très difficiles à prendre. Quelle direction prendre ? Est-on vraiment libre de ses choix ? C’est un sentiment de solitude extrême qui domine alors. Face à la mer à Istanbul ou devant des paysages de montagne sublimes à l’intérieur du pays, c’est du tragique de l’existence dont nous parlent les personnages de Nuri Bilge Ceylan.

Lectures d’été : juillet !

L’été n’est pas encore fini, loin de là. Le temps de partager les lectures marquantes de ce mois de juillet 2021 !

-J’ai découvert Kundera avec bonheur. « L’insoutenable légèreté de l’être » mêle de façon très habile histoire intime et grande Histoire. Kundera nous parle en effet de l’amour et du couple en même temps qu’il évoque l’histoire tragique de son pays placé sous le joug de l’URSS dans les années 60. Le Printemps de Prague est la toile de fond de ce roman étonnant que je relirais avec plaisir tant il aborde des questions existentielles très profondes.

-Louise Erdrich est une auteure américaine que j’ai découverte en 2020 avec le roman « Le pique-nique des orphelins » . Je me suis plongé avec délices dans « Ce qui a dévoré nos coeurs » . J’y ai retrouvé un sens du récit brillant. L’Histoire des communautés amérindiennes est abordée de façon touchante. L’auteure nous permet de découvrir tout un monde de croyances et de traditions quasiment disparu aujourd’hui.

-Marie-Aude Murail est une auteure que j’affectionne particulièrement. Avec son frère Lorris, elle signe le roman « Angie ! » . Beaucoup d’humour et une bonne dose de suspense pour cette histoire qui a la particularité de se dérouler au moment du premier confinement de mars-avril 2020. Un policier en fauteuil roulant, une jeune adolescente curieuse et courageuse, une infirmière débordée sont quelques uns des personnages de ce roman policier haletant. Ils habitent tous au Havre et les deux auteurs décrivent merveilleusement bien différents milieux sociaux qui ont peu l’occasion de se rencontrer.

-Dans « Celle que je suis » , Anne Loyer aborde le sujet des mariages arrangés en Inde. L’héroïne Anoki tombe des nues le jour où ses parents lui annoncent que son destin est tout tracé. Elle n’a pas le choix, elle devra se plier au diktat familial, celui de se marier avec un homme inconnu qu’ils auront pris soin de sélectionner pour elle. Farouchement indépendante, Anoki va choisir la rupture plutôt que la soumission à ces traditions qu’elle juge injustes et terriblement archaïques. Le roman parle du combat difficile pour l’égalité que mène une nouvelle génération de femmes en Inde.

-Mon intérêt pour la littérature britannique ne faiblit pas : j’ai lu « Le Roi Lear » de William Shakespeare, « La Communauté des esprits » de Philip Pullman et je viens de commencer « Tess D’Urberville » de Thomas Hardy. La modernité de Shakespeare impressionne tout autant que sa grande liberté de ton. Philip Pullman est un auteur que j’adore. Le monde magique qu’il a créé avec ses deux trilogies « A la croisée des Mondes » et « La trilogie de la poussière » n’en finit pas de m’enchanter. Son approche est quasi philosophique. Très hâte de lire la suite et la fin de sa trilogie. Quant à Thomas Hardy, je suis ravi de découvrir son oeuvre. Les premières pages de « Tess d’Urberville » me plaisent beaucoup par le style et la description de la vie champêtre dans le val de Blackmoor…

Et vous, vos lectures ? Bel été !

Onoda – 10 000 nuits dans la jungle

Source image : http://www.allocine.fr

Film d’Arthur Harari

Avec Yuya Endo, Kanji Tsuda, Yuya Matsuura

Date de sortie en France : 21 juillet 2021

« Onoda – 10 000 nuits dans la jungle » est un film hors norme. Pendant plus de 2h40 nous est racontée une histoire incroyable qui s’inscrit dans un épisode tout aussi incroyable de l’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale.

1944. Onoda, jeune soldat japonais, est envoyé avec d’autres sur une des innombrables îles des Philippines, théâtre des derniers soubresauts de la Guerre du Pacifique. Formé pour ne jamais abandonner, pour ne rien lâcher, il fait la guerre avec la croyance chevillée au corps que tout est encore possible. Le Japon peut sortir vainqueur du conflit mondial en menant de façon inépuisable une forme de guérilla, sans relâche. Contrairement aux kamikazes qui opèrent sur d’autres terrains, ces soldats reçoivent l’ordre de ne jamais mourrir… Onoda va respecter cette injonction à la lettre.

Coupés du monde sur cette île perdue, Onoda et ses compagnons ne sont pas mis au courant de la défaite de leur camp. Ils restent là et parviennent à survivre à la manière de Robinson Crusoé. Au fin fond de la jungle, ils s’inventent une existence faite de sacrifices, persuadés que le combat n’est pas terminé. Leurs opérations militaires continuent mais n’ont plus aucun sens, sauf celui d’alimenter leur fantasme, cette croyance folle en une guerre qui ne s’arrête jamais.

Les années passent. La nostalgie affleure parfois, les tensions surgissent inévitablement et le groupe se réduit petit à petit. Onoda refuse de voir et d’entendre les signes que le monde lui envoie. Jusqu’à l’année 1974 où un contact avec un inconnu, venu spécialement à sa rencontre, va tout changer.

Le film parle de façon magnifique de la loyauté qui parfois enferme. Refuser de voir la réalité est une tare humaine qu’Onoda incarne jusqu’à l’extrême. Le rôle principal est tenu par deux acteurs qui jouent Onoda à des âges différents. Ils sont tous les deux bouleversants. Le film est un coup de maître assez impressionnant formellement. Arthur Harari est un réalisateur à suivre sans aucun doute.

Ce film a été présenté en ouverture de la sélection Un certain regard du Festival de Cannes 2021. Un autre article du blog est consacré à un film de la sélection officielle, Annette.